« Je ne suis pas malade. Je suis brisée. Mais je me sens heureuse de continuer à vivre, tant qu’il me sera possible de peindre. »

Rien ne résume mieux le destin exceptionnel de Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine, que ses propres mots. Née en 1907, elle est victime d’un accident de bus à l’âge de 18 ans, après lequel elle se met à peindre, alitée. Elle souffre toute sa vie des suites de ses blessures, notamment au bassin et à la colonne vertébrale, et doit subir de nombreuses opérations et jusqu’à l’amputation d’un pied. L’ensemble de son œuvre parle de ce drame et de cette souffrance, ainsi que de sa relation avec son mari Diego Rivera, un célèbre peintre mexicain. Elle mourut en 1954.

La Colonne brisée est un autoportrait à l’huile sur petit format (40×34), conservé au musée de Mexico.

Frida se représente debout, le corps fendu et ouvert, laissant apercevoir la colonne ionique brisée par six endroits, qui représente sa colonne vertébrale. Le haut de la colonne soutient le menton de l’artiste, dont le visage strié de larmes reste statique et fermé, et n’exprime aucun sentiment. Son buste est retenu par le corset de fer qu’elle porte également dans la réalité, et qui semble l’empêcher de se briser. Cinquante-six clous apparaissent sur son corps à demi-nu. Derrière elle s’étend un ciel sombre et un paysage désertique et infertile, présentant, lui aussi, de nombreuses failles.

Frida Kahlo présente dans ce tableau une véritable mise à nu de ses souffrances et de ses sentiments, témoignant des douleurs physiques qu’elle endure, mais aussi des infidélités répétées de son mari. Elle évoque tantôt la Vierge en douleur des églises mexicaines, tantôt un Christ cruxifié et drapé dans son suaire. On peut voir également dans ce paysage mort le symbole de l’infertilité de l’artiste : son corps nu, dévoilant toute sa féminité et maternité par ses seins, reste dramatiquement vide. A l’inverse, sa féminité est mise en valeur par sa poitrine séduisante qui contraste avec l’aspect terrible de sa plaie ouverte. Sacrifiée, elle reste digne, la tête droite, le regard fier. Sa solitude inspire une compassion spontanée.

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