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Creeds : une interview 100 % techno et bonne humeur

Acteur phare de la scène techno nantaise, Creeds est à l’origine d’une trance aux influences hardtek qui risque d’en séduire plus d’un. En plus d’être un artiste de qualité, c’est également quelqu’un de particulièrement sympa. Amateurs de musiques électroniques, il est temps pour vous de découvrir (si ce n’est pas déjà fait) le personnage, son parcours et les surprises qu’il nous réserve. 

Bonjour Creeds, ton nom est loin d’être inconnu pour les adeptes de musique techno. Tu comptes près de 12 000 abonnés sur ton compte Soundcloud. Et pourtant on ne sait que très peu de choses sur ton parcours artistique. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ? Tout d’abord pourquoi ce pseudo : « Creeds » ?

Salut, alors pour me présenter brièvement, je m’appelle Willy et j’ai 25 ans. Avant j’étais automaticien mais aujourd’hui, du coup, je ne fais que de la musique. Pour mon pseudo « Creeds » je l’ai choisi quand j’avais 14 ans et que j’ai commencé à faire mes propres compositions. Ma copine de l’époque m’avait dit qu’il fallait que je trouve un nom mais je n’avais pas d’idée en tête. Elle m’a simplement demandé « bah t’aimes quoi ? ». A l’époque j’aimais les Crookers et la weed, en mixant les deux ça a donné Creeds. Et aujourd’hui j’en suis plutôt content, ça aurait pu être pire (rires).

Arrives-tu à concilier vie professionnelle et musique ? Ou as-tu fais le choix de te consacrer entièrement à ta passion ?

Effectivement j’ai eu le droit à 2 ans de chômage après avoir travaillé 2 ans. Donc dans l’idée j’utilise ce temps là pour me consacrer essentiellement à la musique et pouvoir travailler le plus possible sur mes morceaux. Après je ne sais pas si je reprendrai du travail plus tard, tout dépend si j’arrive à vivre de ma musique ou pas. Pour le moment j’en suis encore un peu loin car pour arriver à un niveau de vie correct il faudrait que j’ose demander des cachets assez élevés et que je sois sûr d’avoir un nombre de dates conséquent chaque mois.

A quoi ressemble ta journée de travail type en tant que musicien ?

J’essaye de me lever généralement vers 10h, je prends un café et je me mets dans la musique à fond. Ce qui est drôle c’est que mes journées de travail en tant qu’artiste sont plus longues qu’avant. Je travaille, en moyenne, une dizaine d’heures par jour sur ma musique. Ensuite on se retrouve le soir avec Julien (JKLL) pour mettre en commun ce qu’on a pu faire.  Sinon je n’écoute pas du tout de trance ou de hardcore quand je suis à la maison. J’aime beaucoup la chanson française et j’écoute Fip toute la journée. Quand tu as la tête dans les compos trance ou frenchcore en permanence, plus les dates le weekend, c’est fatiguant.

A quel âge as-tu commencé à faire de la musique et quelle a été ta motivation pour te lancer dans cet univers ?

Au départ je suis pianiste, j’ai commencé à en faire quand j’avais 4 ans grâce à mon père qui est musicien de base. Puis vers 14 ans, à peu près, j’en ai eu marre des cours de piano et j’ai commencé à composer des trucs dans mon coin. A cette époque j’écoutais essentiellement du métal, je voulais même être claviériste pour jouer dans un groupe et c’est en découvrant les Crookers que j’ai voulu me lancer dans la musique électronique. Ça a été ma révélation. Je retrouvais dans la techno la puissance que je pouvais trouver dans le métal mais avec les sonorités électroniques et la complexité des morceaux en plus.

Était-ce le parcours dont tu « rêvais » déjà enfant ?

Absolument pas. Comme je l’ai déjà dit c’est mon père qui m’a poussé à jouer du piano et j’aimais bien ça mais je n’aurai jamais pensé être dans la musique un jour. Quand j’ai commencé à composer mes morceaux et qu’on me disait « ah ouai c’est bien ce que tu fais, peut être que ça va marcher » je n’y croyais pas. Même à l’heure actuelle ça commence à marcher un peu mais j’ai toujours tendance à penser que ça n’ira pas jusqu’au bout. Je suis assez pessimiste de base et malgré tout ça reste difficile de se faire sa place avec le nombre de musiciens qu’il y a dans le milieu. Le simple fait qu’on m’invite dans une autre ville pour entendre ce que je fais, c’est un truc qui, encore aujourd’hui, me semble incroyable.

On ressent dans tes compositions des influences trance et hardtek mais malgré tout ton style reste difficile à situer. Comment définirais-tu ta musique ?

Je ne peux pas vraiment définir mon style dans le sens où j’aime autant la trance que la hardtek. Je vais être tenté un matin, en me réveillant, de dire « j’ai envie d’un truc qui va vite » et je vais faire de la hardtek et d’autres matins je vais avoir envie de faire des trucs plus posés. Mais aujourd’hui j’essaye de faire en sorte que Creeds reste plutôt affilié à la trance puisque de toute façon on m’invite pour jouer ce style en soirée donc fatalement je vais m’orienter à créer des compos plus trance.

Qu’est- ce qui t’a donné envie de faire de la musique électronique et plus particulièrement de la trance / hardtek ?

Au départ je voulais faire de la musique électronique de manière hyper large. Je ne me mettais pas de barrières.  Puis, quand j’ai découvert la trance je savais que je voulais en faire mais je n’y arrivais pas. Si je te faisais écouter mes premiers morceaux, tu verrais que ça ne ressemblait à rien. Ni à de la trance ni à de la hardtek, à rien du tout. J’essayais de poser des choses. A l’époque j’avais l’impression de sortir des morceaux trance mais quand je les écoute aujourd’hui je me rends compte que ce n’étais pas du tout ça. C’est peut-être aussi pour ça que les gens se demandent ou est-ce que je me situe.

Y a-t-il des artistes qui t’ont particulièrement inspiré depuis que tu composes ?

Bien sûr. Globalement je suis très fan de toute la scène trance brésilienne mais pour moi le meilleur, de très loin, c’est Bliss. Je n’en peux plus de ce mec. A chaque fois qu’il sort un truc ça me rend dingue. Sinon en trance il y aussi Aura Vortex que je trouve incroyable. Techniquement parlant il est très fort donc d’un point de vue de compositeur c’est extrêmement intéressant. Ses morceaux tu les écoute 15 fois et tu as beau te concentrer, tu ne sais pas comment il a pu faire. Je sais qu’il utilise le même logiciel que moi donc dans l’idée je devrai être capable de faire la même chose mais quand je l’entends je me dis que c’est trop dur (rires).

Justement sur quel logiciel est-ce que tu travailles ?

Je travaille sur Ableton live parce que de tous les logiciels que j’ai pu essayer c’est celui que je préfère. C’est le plus complet et le plus « intuitif » à prendre en main. Si je fais la comparaison avec Cubase, par exemple, qui est un peu considéré comme la Rolls Royce des logiciels il est assez facile et tu peux également être très pro. Avant je travaillais sur Reason. C’est un logiciel qui marche un peu différemment et qui est plus galère (les puristes comprendront de quoi je parle). Sur Ableton tu peux vraiment rajouter tout ce que tu veux en termes d’instruments externes contrairement à Reason.

Tu fais partie du crew « Tout En Kamion », qui devient, petit à petit, un collectif important de la scène free nantaise. Raconte-nous un peu comment cette histoire a débuté ?

Pour faire simple, au lycée j’étais dans la classe de Jacob qui est le président de l’asso et de Viet, un autre pote qui fait aussi partie de TEK.  Au fil du temps l’idée de monter un son a germé dans la tête de ces deux-là et d’un autre pote. Ils ont commencé à acheter quelques caissons pour faire des petites soirées. Ensuite on a fini par se rapprocher d’autres sounds. En gros on a eu le parcours typique d’une bande de potes qui décident de créer un sound. Au départ on était 6 ou 7 puis, au fur et à mesure, des gens motivés à nous aider se sont rajoutés. Parce que, mine de rien, à 6 ça reste presque impossible d’organiser une teuf. C’est énormément de travail et c’est aussi du stress puisqu’on fait ça illégalement. Au départ on a commencé à organiser des petites soirées sur des terrains privés, entre copains. Maintenant ça doit faire depuis 1 an qu’on sort réellement en free.

Votre collectif a fait l’objet d’une saisie récemment, comme beaucoup d’autres en ce moment. Quand on voit ce genre de régressions, cela donne peu d’espoir quant à l’acceptation du mouvement free. Comment avez-vous réagi face à ça ?  

Oui effectivement on s’est fait saisir alors qu’il s’agissait de notre tout nouveau sound. On venait juste de le construire. C’était la deuxième fois qu’on le sortait donc c’est assez frustrant. Après moi je n’étais pas présent à cette soirée donc je ne peux pas dire en détail ce qu’il s’est passé. On a aussi pris des risques puisqu’il y avait déjà eu plusieurs saisies sur ce terrain mais dans ces moments-là c’est sûr que le dialogue avec les autorités est impossible. Avant, en Bretagne, on était un peu épargnés. C’était un terrain assez fertile pour la free mais visiblement c’est en train de changer. Par contre on ne s’avouera jamais vaincu. Là on est en train de reconstruire des caissons, pour avoir encore plus de sons et faire encore plus de bruits (rires).

Tu as eu l’occasion de jouer dans des endroits très différents, que ce soit en free, en festival (je pense notamment au Paco Tyson) ou encore en club. Parmi ces trois endroits, y’en a-t-il un où tu préfères généralement jouer et pourquoi ?

Absolument pas. Que ce soit en free ou en club, pour moi la date est réussie quand le public a été réceptif. Que ce soit en teuf, en free ou en festival ça m’est égal. A la limite je préférerai jouer devant 200 personnes réceptives que dans un gros festival où le public n’est pas à fond. C’est important qu’il y ait une alchimie entre le public et l’artiste. Après en termes de qualité sonore, je préfère forcément jouer sur un gros système son pour que mes basses sortent plus fort et pour que je puisse enfin entendre mes compos sur un sound-système puissant. Si la qualité n’est pas au rendez-vous, tu t’ennuies. J’aime bien jouer au « Redgate » à Bordeaux puisqu’ils ont toujours été équipés en Funktion One. Je me souviens également avoir été invité à jouer avec UNIT à l’Electrobotik invasion dans le sud. La façade était incroyable. 100 kilos de Funktion One, une scène à 10 mètres de hauteur, c’était dingue.

Y’a-t-il un événement, une soirée où tu as joué qui t’as particulièrement marquée, que ce soit positif ou négatif ?

Un des meilleurs souvenirs que j’ai c’était avec UNIT, en avril 2017. C’était le week-end du Paco Tyson qui a été pour nous un enchaînement parfait. Le vendredi on jouait sur la scène hardcore du Paco Tyson et le samedi on était invité à jouer à la Retour Aux Boucles III qui était une teuf mémorable. C’était vraiment cool, le mur du son était incroyable. En plus on nous avait placé sur un horaire parfait, à 8h du matin, au moment où le soleil se lève. Tout le monde était là. On avait reçu un accueil monstrueux de la part du public. C’était énorme et j’en garde un super souvenir.

Tu es, effectivement, à l’initiative du projet « UNIT Frenchcore » en duo avec ton acolyte Julien Briand aka JKLL. Peux-tu nous expliquer comment ça a débuté ?

On a monté ce projet il y a deux ans et demi maintenant. On s’est rencontrés un été où il m’avait invité à jouer en teuf. On a passé une heure ensemble et clairement ça a été un coup de foudre amical. Ça a sans doute été l’une des plus belles rencontres de ma vie. On a fini par faire une collocation pour pouvoir travailler ensemble. Un jour, en rentrant de soirée, on a fait une première compo, puis une deuxième. Une semaine plus tard, Speed Freak nous a contacté pour nous dire « si vous voulez vous sortez sur mon label ». C’est ça aussi qui nous a poussé à continuer et qui nous a motivé. Aujourd’hui on a réussi à trouver une technique imparable pour travailler ce qui fait qu’on arrive à sortir des morceaux rapidement.

Qu’est-ce qui t’a amené à passer de la trance à la frenchcore ? Prends-tu le même plaisir à jouer ces deux styles de musiques ? J’imagine que l’émotion ressentie n’est pas la même ?

 En fait sous Creeds j’avais déjà essayé de faire quelques morceaux de Frenchcore mais je n’avais pas du tout les sonorités. Je ne savais pas comment faire un kickbass Frenchcore. Lorsque j’ai rencontré Julien, lui, il savait comment faire mais par contre il n’était pas musicien donc on était parfaitement complémentaire. En ce qui concerne le plaisir, je ne vois pas de différence. Encore une fois tout dépend du public. Nous avec Unit on met de la trance dans notre frenchcore comme ça on casse les barrières qui peuvent exister entre les styles (rires). Après c’est vrai que le public frenchcore est dans un trip plus introspectif. Le tempo est extrêmement rapide, donc c’est plus difficile de sauter sur la musique contrairement à la trance qui incite plus les gens à danser ensemble.

 As-tu des projets en cours que ce soit en solo ou avec UNIT ?

 J’ai pas mal de projets en cours oui. Tout d’abord j’aimerai lancer un projet sous le nom de DEESC R. En fait c’est l’anagramme de Creeds et mon objectif serait de faire des sons plutôt posés avec des influences trip hop. Je pense notamment à des artistes comme fakear. Je pense que ça peut toucher un autre public. Au final j’ai commencé pleins de morceaux sur lesquels je chante un peu dessus etc… sauf que je n’ose pas les sortir sous Creeds parce que ça risque de complètement perdre mon auditoire. Je vais également lancer une série d’EP de 2 titres chacun qui s’appellera « I hate promoting » car s’il y a bien un truc que je déteste c’est la promotion. Ça me gonfle vraiment d’aller dire aux gens sur Facebook « allez écouter ça » (rires). Je suis également en train de bosser sur un morceau en collab avec Gonzi donc j’ai vraiment pleins de projets sympas qui restent à venir. En ce qui concerne UNIT on va signer chez le label hollandais « Frenchore s’il vous plait » et peut -être chez « Peacock Records » mais ça reste à voir. Ce qui est sûr c’est qu’on a pleins de morceaux en préparation.

 Es-tu labellisé sous Creeds également ?

J’ai sorti un morceau sous le label Doubsquare Records. C’était un morceau techno « Super Dolphin » dans lequel j’ai fait un remix d’un vieux morceau de Nino Ferrer que personne ne connait et qui est génial. Mais sinon non je ne suis pas labelisé sous Creeds. D’une part parce que je n’en cherche pas spécialement mais aussi parce qu’avec les morceaux que je fais je ne sais pas trop où me placer. Il y a des labels de trance qui existent mais je ne fais pas de la psytrance classique comme les gens peuvent le concevoir. Mon style est un peu difficile à caler sur un label bien précis. Actuellement je suis en train de faire des compos axées principalement trance donc peut être que j’arriverai à me placer sur d’autres labels, on verra.

Pour finir peux-tu nous dire quel est le titre ou le projet dont tu es le plus fier ?

En fait plus le temps passe et plus je sens que je m’améliore au niveau de mes compos donc celles dont je suis le plus fier ce sont les tracks que je n’ai pas encore sorti (rires). Après il y a une de mes vieilles compos dont je suis particulièrement content et qui n’est pas du tout trance, qui ne fait pas bouger du tout. C’est un morceau très atmosphérique avec une belle mélodie que j’ai appelé « Higher state of Mind ». C’est l’un des morceaux, bizarrement, dont je suis le plus fier. Sinon il y a aussi le remix de Serenity que j’ai fait avec Tao H dont je suis plutôt content.

Pour aller plus loin : https://soundcloud.com/creeds 

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