Le chien de Jeff Koons faisant ses besoins

L’Ironie Artistique

L'Ironie artistique en 2017

Aujourd’hui, on peut voir nombre de comptes instagram, tels que @Lovewatts ou encore @Gifcworldwide, qui relaient parmis les  oeuvres mises en avant, certaines oeuvres dénuées de sens, ou volontairement absurdes, ironiques, et gênantes.

Pourquoi ces oeuvres sont de plus en plus populaires? Comme on peut le voir avec Jeff Koons, ou encore Ben qui écrivait sur ses trousses vendues partout dans le monde « Ceci n’est pas une oeuvre d’art. » Et comment aborder ces oeuvres ?

Un peu d'histoire

En 1909, Marcel Duchamp expose pour la première fois sa « fontaine » et lance le courant artistique du ready-made. Ce qu’il opère en exposant dans un musée un produit industriel aussi insignifiant qu’un urinoir, c’est ce qu’on appelle couramment de l’Ironie. Au sens strict, l’ironie est la négation du sens d’un objet: Duchamp place un produit destiné à la consommation dans une situation d’oeuvre, qui, au sens de Hannah Arendt, prend tout son sens dans son inutilité. Le ready-made est pour ainsi dire un courant artistique qui fait l’éloge de l’Ironie.

"Oeuvre" de l'artiste Ben: Est-ce bien de l'art ?

L'Ironie artistique au sens de Hegel

C’est ce que l’on peut dire si l’on aborde l’Ironie selon la pensée du philosophe allemand Hegel, dans ses Leçons sur l’esthétique.

Hegel disait que la pire chose qu’une oeuvre puisque exprimer, c’est non seulement se nier elle-même, à la manière des tableaux de Andy Warhol qui étaient reproduits de façon industrielle. Mais c’est aussi, ce faisant, nier tout sens qu’elle puisse exprimer. Comme cela se produit-il ? 

Lorsque l’artiste applique à un contenu (quel qu’il soit: la nature, le romantisme, les rêves, le capitalisme…) une forme qui le rend néant. Hegel explique que cette ironie est la pire forme artistique qui ait découlé du vent de liberté artistique au début du XIXe siècle, avec le développement du romantisme, et de l’ironie romantique. 

Il l'appelle « la négation absolue », qui considère que « le fait d’être attaché à une teneur particulière et à un mode d’exposition qui ne convient qu’à cette manière est quelque chose du passé » ( Leçons sur l'esthétique II, p.222). Le romantisme ne s’attache donc plus à trouver la forme artistique qui convient parfaitement à un contenu, comme le faisaient magistralement les peintres et sculpteurs de la Renaissance selon Hegel. C’est ce même romantisme qui a conduit certains courants artistiques du XX et XXIe siècles à prôner une ironie sans retenue, opposée fondamentalement à ce qu’est l'art en lui-même. 

L’art à proprement parler doit donc assurer une adéquation entre le contenu qui est sublimé par la forme, et la forme choisie pour l’exprimer. Pour ainsi dire, si un artiste décide de faire des oeuvres engagées, alors il devra leur promulguer une forme qui ne néantise pas leur message dénonciateur, mais qui au contraire le met en avant et augmente sa visibilité.

Comment juger l'ironie alors ?

On peut aborder les oeuvres volontairement ironiques de deux points de vue. D’après l’ironie socratique, qui préfère feindre l’ignorance pour exposer la faiblesse d’une position opposée à la sienne, alors certaines oeuvres, comme les peintures de Antony Micallef qui s’engage contre Trump, peuvent avoir une légitimité. Mais d’autres, comme celles de l’artiste Claudia Mate, demeurent, peut-être volontairement, insensées d'après Hegel.

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