Christine and The Queens chante les cicatrices

Dans la triste galaxie de l’intolérance, Christine and The Queens danse un moonwalk effronté sur une pop acidulée et genderfluid. 

Cette ancienne normalienne a fait une entrée fracassante dans le panthéon de la pop. Avec un album millimétré et un sens aiguë de la scénographie elle chante une douce intranquilité.

Il émane de sa musique et de ses errances scéniques une étrange filiation : cousine du fascinant Klaus Nomi, petite soeur de Madonna, elle marche avec adresse dans les pas de Michael Jackson et de Christophe.

Christine and The Queens c’est une déambulation un soir d’insomnie quand des désirs honteux vous rongent. C’est la honte, la pudeur d’une femme qui désire l’interdit et qui se positionne contre les chastetés frustrantes.

Christine and The Queens  queer christine and the queens  christine and the queens klaus nomi

Pour pouvoir assumer une identité qui sort des injonctions normatives, Héloïse Letissier a crée un persona désirant et positif : Christine. Pansexuelle et féministe, Christine ne sort jamais sans son gang de drag queens. C’est pour mieux arpenter les rues et tendre la main vers l’autre. L’autre c’est celui qu’elle aime qu’il soit straight, gay, trans ou bi. Queer jusqu’au boit des doigts, elle lance des paillettes aux yeux de ceux qui jugent et magnifie par la même occasion les imperfections des uns et des autres.

« Pour que l’orage s’annonce », elle fait de la solitude et du rejet des objets esthétiques émancipateurs. À travers son premier album elle accompagne l’auditeur vers une rencontre en tête à tête avec la chaleur humaine tous genres confondus. Elle chante pour les cicatrisés, les inclassables, les dépressifs, les solitaires, les indécis, les refoulés ; le tout, en confortant les combattants dans leur désir de revendiquer une identité hybride.

Convaincue que la grammaire pop peut faire changer les mentalités en douceur elle est consciente de la difficulté qui pèse sur les jeunes femmes queer. En faisant ce pas de coté dans le paysage de la musique francophone, elle susurre des mots tendres aux oreilles de ceux qui font face à la frontalité du regard de l’autre.

« Défier l’ordinaire
C’est à ma façon
Si je ne veux pas être une grande fille
Je serai un petit garçon
[…]
Cheveux en arrières
Col boutonné haut
C’est moins pour l’allure que pour cacher l’éraflure »
(Half Ladies – Chaleur Humaine)

Oui, de nos jours défier l’ordinaire a encore un prix, mais plus que jamais la culture queer irrigue les esprits de ceux qui veulent faire régner la tolérance une bonne fois pour toute.

Laisser un commentaire