« Ouvrir la voix » : les afro-descendantes prennent la parole

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Le mois d’octobre a été marqué par la sortie d’ « Ouvrir la Voix », un film qui fait du bien au paysage cinématographique francophone. Dans le cadre de la programmation de « ciné-femmes », le Cinématographe consacrait une série de séances au premier documentaire de l’activiste afro-féministe Amandine Gay. 

Après avoir traversé l’atlantique pour s’imprégner des blacks studies, Amandine Gay  réalise un film qui donne à entendre la voix des femmes noires de France et de Belgique. À défaut d’avoir trouvé un soutien financier classique, Amandine Gay a fait le choix de financer, de produire et de distribuer son film seule.

Monté avec brio, le documentaire pointe du doigt les stéréotypes dans lesquels les afrodescendantes sont trop souvent enfermées pour mieux les déconstruire. Dans une France encore peu à l’aise avec son passé colonial, la confrontation frontale des spectateurs avec des prises de paroles franches remue les consciences, interroge et émeut.
Le film repose sur les témoignages de 24 femmes noires issues de l’histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles sans voix off. C’est donc une voix nue qui émerge de ces femmes souvent invisibles et laissées au second plan. Sorte de mosaïque d’identités multiples, le documentaire reflète sans artifice des parcours sinueux. S’accepter, se comprendre, militer, écouter l’autre, le regarder, se découvrir sans jugement pour finalement se ranger du côté de la bienveillance. Accepter ses cheveux, la teinte de sa peau, ses traits, s’aimer.  Aimer, toucher, embrasser, choisir celui ou celle que l’on voudrait apprendre à aimer à sa manière.
En deux heures, la réalisatrice réussit à répondre à un manquement puisque c’est la première fois qu’un long métrage français donne ainsi la parole à des femmes noires. La France a effectivement un certain retard en ce qui concerne les gendre studies et les black studies.

En plongeant dans cet océan de mots, en regardant ces visages on aborde un large éventail de thématiques. En parlant d’homosexualité, de communautarisme, de la perception du corps noir, de religion ou encore de  panafricanisme, le film est résolument interserctionnel.
Pourquoi ? Parce qu’il croise les combats en soulevant des problématiques de luttes, de classe, de racisme et d’orientation sexuelle.

Car oui, aujourd’hui les oppressions sont multiples et les luttes poreuses. En sortant ce film Amandine Gay nous rappelle que c’est en comprenant l’altérité que nos luttes s’incarnent au-delà des privilèges des uns et des autres.

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