Geneviève Fraisse, auteur passionnante et militante

(3 min)  Du samedi 2 au dimanche 3 décembre 2017, se tenait à Nantes au lieu unique, deux jours de débats, de conférences et de projections autour du thème des femmes sous les violences. Sujet très actuel, j’ai participé à l’ouverture de ces questions d’éthique par une conférence de Geneviève Fraisse intitulé Femmes et violences : quel sujet politique ? Retour sur une conférence un peu spéciale, où elle rattache ses anciens ouvrages à la triste actualité.

Geneviève Fraisse est une philosophe, chercheur au CNRS, ancienne déléguée des droits des femmes et auteur de nombreux ouvrages.  Son livre Du Consentement, paru il y a 10 ans est malheureusement plus que jamais d’actualité, c’est pourquoi le livre est remis en vente aujourd’hui avec un épilogue inédit sur le refus du consentir politique. L’objectif de l’ouvrage est de soulever non pas des questions individuelles, mais politiques. L’auteur y explique le consentement de long en large : ses vertus, ses défauts, ses ambitions et sa misère.

Après avoir présenté son livre, l’auteur fait un retour sur l’actualité. Elle insiste d’abord sur le mot « sexisme » qui est selon elle est mal définit. En effet, il est toujours relié au terme « discrimination » qui veut dire « juger en séparant ». C’est un terme juridique qui ne peut pas correspondre. Le bon mot selon elle est « disqualification », qui veut dire « tu n’es pas de la même qualité que moi », donc je me permets de te violenter. La réédition Du consentement, 3 jours avant l’affaire Weinstein, est alors tristement au cœur de l’actualité. En parlant de son livre, elle nous confie qu’elle se dit « sismographe », c’est-à-dire qu’elle lit l’évolution. Selon elle, l’affaire Weinstein est un événement car il rentre dans l’histoire, et a eu une continuité. C’est même une révolte, un catalyseur, un déclencheur !

L’auteur insiste également sur le fait que ce n’est pas par le droit que l’on peut obtenir des droits. Les lois rassurent, mais ne font pas tout. Féministe, elle a milité pour que le viol soit perçu comme un crime et non comme un simple délit et souligne que le corps des femmes est à disposition de celui des hommes. « Le problème est juste celui de l’illisibilité », dit-elle, « on ne montre pas forcément cette domination ou du moins pas entièrement, car c’est par une vision d’ensemble qu’il y aurait une réelle prise de conscience ».

Là, elle pose une question politique car nous sommes passés dans le pluriel et l’espace public. C’est pourquoi elle parle de l’affaire Weinstein comme d’un « tournant du cycle », car elle sort de l’espace privé. Les corps deviennent parlants. Mais la multiplication de la parole n’a pas montré une libération de celle-ci, les femmes ont simplement pris la parole! Elles n’ont pas porté plainte, elles ont fait un récit. L’auteur terminera sa conférence sur une des caractéristiques de l’événement : la surprise, montrant ainsi que rien n’est prévisible. 

Je découvrais par cette conférence une femme passionnante, qui par ses livres au cœur de l’actualité, sait montrer ses qualités d’auteur mais aussi son parcours de battante, au nom de toutes les femmes.

Pour en savoir plus sur l’auteur : https://www.franceculture.fr/personne/genevieve-fraisse 

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