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Léonara Miano, authentique

Alors que la question de l'identité n’a jamais été plus abordée en France, dans un climat  où le discours xénophobe gronde et prévaut au sein de la sphère politique, l'auteur Leonora Miano joue de sa plume et couche ses inquiétudes et sa colère sur le papier.

«Depuis 2007, la France n’est plus le pays que j’ai connu en arrivant en 1991, ni celui que je peux me représenter. Un pays imparfait, certes, mais où l’on est curieux de l’autre, où la culture importe, de même qu’une certaine forme d’élégance. On a réussi à presque tout saccager en très peu de temps. On ne pourra pas faire comme si rien ne s’était passé, comme si on n’était pas descendus aussi bas dans la vulgarité, dans l’agressivité à l’égard de l’étranger ou de ceux qui représentent l’étranger.» (propos recueillis par le journal Slate.fr )

 

QUI EST-ELLE ?

 

Née à Douala au Cameroun, Prix Goncourt des lycéens en 2006 pour Contours du jour qui vient, elle reçoit le prix Femina il y a 3 ans pour la Saison de l'ombre. En 2010, son roman culte Blues pour Elise fait parler une France noire, urbaine et contemporaine. Début janvier, Leonora Miano publie un livre majeur: Ecrits pour la parole (L’Arche) ce texte fait parler de lui dans les milieux du théâtre, étrangement il n’a fait l’objet d’aucune critique dans la presse française.
Dans son dernier livre, Crépuscule du Tourment, Leonaro Miano décrypte les non-dits de la société française sur les questions raciales.

Relevant au passage une production littéraire contemporaine qui «écrit encore une France toute blanche », elle brise le silence sur les clichés qui collent durablement à la peau des femmes en général, des femmes noires en particulier. Invitée de Patrick Cohen sur France Inter, elle s'exprime sur son huitième roman Crépuscule du Tourment chez Grasset. 4 voix de femmes africaines qui racontent tout simplement leur vie de femme, leur secret de famille, leur intimité. Ces femmes d’horizons divers dont elle est le porte parole, ne sont pas toutes africaines, elles sont aussi caribéennes, elles ressemblent à des femmes qu'elle a connu mais elles sont  surtout des "outils d’auscultation d'elle-même". Peintures tourmentées et sombre, portraits terribles de la bourgeoisie africaine contre laquelle elle s'insurge.

Son regard critique porte aussi sur la culture. Elle dénonce cette tendance, ce "comportement de colonisés" propre à cette bourgeoisie qui idolâtre, déifie, le modèle occidentale. Elle qui a refusé d'aller au lycée Français, mais qui a choisi de renoncer à la nationalité Camerounaise, lorsque l'on lui demande ce qu'est être Français, elle répond que c'est simplement vouloir participer au projet qu'est la France. 

"La vérité de mon identité c'est l'hybridité"

Même si l’auteur a bien conscience d’être perçue comme un écrivain en colère, elle n’a pas de haine, ni de revanche à prendre ni même de leçons à donner. «Si je peux travailler sur ces questions, c’est au contraire que je suis apaisée», affirme-t-elle dans le journal Le Monde

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