Embarquez à bord du « Redoutable »

Embarquez à bord du « Redoutable »

Avant-première : Le Redoutable de Michel Hazanavicius

Septembre 2017, alors que je me rends sur le site du Katorza pour voir les avant-premières à venir je remarque que Michel Hazanavicius y vient la semaine d’après pour présenter son dernier film « Le Redoutable ». En bonus, Louis Garrel est aussi de la partie. Ni une ni deux, je prends mes places.

Réalisateur d’OSS 117 et de The Artist, Hazanavicius est renoue dans ce film avec son plaisir de filmer les années 60-70. Au cœur de l’histoire : un Louis Garrel méconnaissable qui enfile la peau de Jean-Luc Godard. Car oui c’est bien au réalisateur de Pierrot le fou que Michel a décidé de s’attaquer dans ce nouveau long-métrage. Le film est inspiré du livre de l’ex-femme de Godard, Anne Wiazemsky.

Dans la salle bondée du Katorza, je trépigne sur mon siège d’impatience. Une seule crainte, je ne connais pas l’œuvre de Godard. Vais-je comprendre le film ? Le réalisateur et son acteur viennent tous deux nous saluer avant de retourner en coulisses le temps de la projection. Ca y est, ça commence.

SYNOPSIS

L’année 1967 à Paris, Godard est adulé et tourne La Chinoise avec celle qui deviendra sa femme : Anne, 19 ans et petite fille de François Mauriac. Mais les critiques de son dernier film et l’arrivée de Mai 68 vont bouleverser le cinéaste et celui-ci va se prendre de passion pour l’idéologie maoïste. De génie à grand incompris, le visage de la nouvelle vague se transforme au travers du regard de sa femme. 

Ceci n'est pas un biopic

Michel Hazanavicius ne fait pas ici le biopic du cinéaste mais personnifie l’image que le monde peut se faire de lui. Le film ne retrace pas sa vie mais raconte une période déterminante dans la vie du réalisateur. Il joue sur la caricature sans trop en faire. Louis Garrel plante un Godard drôle et insolent, pleins de tics et de tocs, que l’on voit se transformer en révolutionniste convaincu. C’est au travers de sa femme interprété par la sublime Stacy Martin, que je ne connaissais pas, que l’on vit l’évolution de Godard. Car c’est elle finalement le personnage principal malgré ce que l’on pourrait croire. D’ailleurs l’actrice crève l’écran. On vit son histoire d’amour avec elle. Amour de l’homme mais aussi de son cinéma.

Mai 68

Le contexte est important. Michel Hazanavicius a déjà prouvé avec les deux OSS 117 que c’est une période qu’il manie à la perfection. Le film entier transpire l’esthétique des sixties, des couleurs à la bande-son, en passant par les costumes. Mais c’est la retranscription des manifestations et de l’ambiance de Mai 68 qui est particulièrement réussie. Cela renforce notre compréhension des changements qui s’effectuent chez Godard. Surtout, si comme moi vous ne connaissiez le personnage que de nom ou presque. On est immergé dans l’époque, dans la cohue, dans les rues pavées, dans les amphithéâtres en délire et on kiffe.

Le couple Martin-Garrel

Mais pour être honnête et à mon humble avis, ce qui fait la force de ce film c’est l’interprétation des deux acteurs principaux. Louis Garrel est impressionnant dans son imitation qui n’en est pas vraiment une en définitive. Il ne veut pas nous « donner le vrai Godard » mais bien une réplique et ne s’en cache pas. L’accent suisse, le cheveu sur la langue, les lunettes, tout y est mais c’est un autre Godard. Néanmoins, l’acteur ne trouverait pas sa place sans la présence de Stacy Martin, qui embellit chaque plan dans lequel elle apparait et traduit avec innocence et poésie sa vision, son propre Godard. Un binôme qui fonctionne à la perfection.

Le simple plaisir du rire

Loin d’être un film à charge, Le Redoutable est un film joyeux, emplit d’humour et d’ironie. Un humour cynique et caustique qui rend l’homme parfois considéré comme suffisant et antipathique, plus compréhensible. Le bon mot, la formule qui fait mouche, les contresens volontaires, tout est fait pour dédramatiser la période et nous faire rire tout simplement.

En définitive pas besoin d’être adepte de Jean-Luc Godard et de son histoire pour apprécier l’oeuvre.

A la fin de la séance nous sommes restés un peu moins d’une heure avec le réalisateur et l’acteur principal pour débattre autour du film. Beaucoup de questions, beaucoup de remerciements et de félicitations. La salle du Katorza est en admiration.  Nous avons partagé les mêmes fous-rires et ça se sent. Louis Garrel explique ses premières réticences à jouer Godard, cinéaste qu’il admire, il avait peur de le tourner en dérision, que ce ne soit que moquerie mais à la lecture du script il change d’avis. Il dit avoir « détesté aimé le scénario ». Michel Hazanavicius quant à lui raconte qu’il a dû raser les cheveux de Louis et en rigole encore.

Le débat se termine et je ressors du cinéma profondément heureuse. J’ai passé deux heures hors du temps, à oublier mes tracas et juste à savourer le plaisir de regarder un film drôle et poétique à la fois.

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